Projet Nique Coeur

Publié le 4 Octobre 2008

Je me souviens de ce temps de détresse, où j’attendais juste un peu de réconfort, je me souviens de ces instants à attendre une présence chaleureuse. Quand t’es gosse tu vois les grands comme des models, tout ce qu’ils disent est criant de vérité. T’aimerais devenir comme eux, leur ressembler.

Comment veux tu capter les sentiments de mal-être quand autour de toi, le simple fait d’aller mal est pas bien. Je voulais juste être soutenue, entendre des mots doux qui me rassurent, sentir de la chaleur qui réchaufferait cet intérieur si froid.

J’ai récolté reproches, culpabilité et menaces. « A cause de toi je vais me pendre, si tu guéris pas t’es plus ma fille, je ne veux plus te croiser tant que tu es malade. Tu es ma fillle que sur le papier ». Je n’avais pas fait grand-chose, je voulais simplement faire semblant de mourir. J’avais avalé quelques Léxomil de quoi être sonnée, non pas toute la boîte, la mort me terrifiait pour que je l’approche ainsi de prés. A peine comateuse, ce n’était pas la première tentative, le goudron je connaissais et pourtant j’espérais toujours. J’espérais que ce geste allait être une prise de conscience pour ceux qui m’ont conçu, j’espérais par ce geste leur dire : « Je suis là, aujourd’hui, mais je suis mal ! Vous voyez… Je suis mal car je ne m’aime pas et j’ai besoin de votre amour. » C’est tout, je voulais juste un peu d’amour, je voulais voir cette flemme dans leur regard, celle qui arriverait à me réchauffer. J’ai crié ma souffrance, celle de n’avoir jamais pu ressentir l’amour des parents. J’ai supplié jusqu’à Dieu, matin et soir je priais, je voulais juste être aimée, pour pouvoir m’aimer aussi.

Après 30 années d’existence, entre nous s’est formé un ravin, je ne ressens plus rien. Je vous croise de temps en temps sur les routes, ça me fait ni chaud ni froid. Je me demande qui vous êtes vraiment, pourquoi avez-vous conçu des gosses ?

 

Aujourd’hui, encore le mot « Divorce » revient comme le couplet de la chanson, entre deux on se berce dans la maladie et les conflits. Vous faîtes semblant de divorcer, pour mieux vous remarier.

Je sais que quand le téléphone sonne et que c’est appel inconnu, je sais que c’est celle qui m’a pondu. Une voix mielleuse et en à peine trente secondes je serais non pas la fille, mais la psy de service, la confidente. J’entendrais de nouveau les médisances sur mon pro géniteur, j’entendrais des mots bouleversants de cruauté, sans pitié. Jusqu’à menacer de laisser un fils malade à une mère indigne qui va sur 74 ans… Cette mère c’est ma grand-mère celle qui m’a sauvée et qui a su m’élever dans le respect, comme il se doit.
Je n’arrive pas à capter qui vous êtes pour autant être si égoïstes et immatures. J’ai l’impression de tenir plusieurs rôles, la fille de la grand-mère, la psy et la doc de la mère, la secrétaire du père, l’avocat des deux.


Hier, j’ai vu mon père, qui m’a racontée les aventures de sa femme, j’ai vu un homme abattu par les menaces d’une femme sans coeur, j’ai vu dans son regard la peur et le dégoût. J'ai vu un homme rongé par la maladie.
 

Aujourd’hui, je n’allais pas bien et j’ai croisé ma mère, au supermarché, entre deux caddies… Sur le tapis elle a déballé ses conflits, ses maladies, un mari alcoolique et violent et elle va refaire sa vie avec un amant. Elle m’a dit : « Ton père retournera se faire soigner chez sa mère, elle le logera et se débrouillera ».
Ici c’est courant, on ne dit pas bonjour et jamais on te demande comment tu vas, ici avant tout on déballe ce qui ne va pas. On décharge tout en vrac, n’importe où, sans pudeur, devant tout le monde et tout haut, sur ceux qui sont destinés pour.
Ils continuent à déverser leurs maux alors qu’ils m’indiffèrent en dépit de ce que tu es, de comment tu es et de qui tu es.

 

Aujourd’hui, je ne supporte plus personne, pas même moi…

Aujourd’hui, je ne comprends plus rien, j’ai envie de pleurer et de crier.

Aujourd’hui encore, je ne sais pas pourquoi je suis ici et pourquoi je vis.

Aujourd’hui, j’ai de la peine pour celle que j’aime plus que tout, pour ma grand-mère, celle qui a tout donné par amour, celle qui sait aimer.


Aujourd'hui, rien n'a changé, tout peut continuer.

Rédigé par Sév

Publié dans #Vous Autres

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